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Claude Lorius (intervista in francese)

Claude Lorius (intervista in francese) Posted on 23 Agosto 2017

Claude Lorius, glaciologue.

Cette interview a été réalisée en 2007, pour l’ouvrage “Antarctique, Coeur Blanc de la Terre” (éditions Belin 2007).

Claude Lorius est né en 1932 à Besançon. Il est titulaire d’une licence ès sciences physiques (1953), d’un diplôme d’études supérieures en physique (1954) et d’un doctorat ès-sciences physiques (1963). Depuis cette date il est directeur de recherche émérite au CNRS. Sa carrière est impressionnante. A 24 ans, pendant l’Année Géophysique internationale, il a passé 12 mois avec deux compagnons à la station Charcot (située à l’intérieur du continent antarctique, à 320 km de Dumont d’Urville et à 2400 mètres d’altitude). Cette expérience l’a marqué et depuis lors il a totalisé 22 campagnes d’été et d’hiver en Antarctique et au Groenland. En 1974 et 1977 il mène des campagnes de forages glaciaires au Dôme C, ce qui permet d’extraire 900 mètres de carottes et de retracer 35.000 ans d’histoire du climat. 1984, en pleine guerre froide, il organise une campagne de forages glaciaires à la base soviétique Vostok, en fédérant Russes, Français et Américains. Les résultats sont publiés en 1987 par le prestigieux magazine Nature. Claude Lorius a été directeur du Laboratoire de Glaciologie et de Géophysique de l’Environnement de Grenoble (LGGE), président du SCAR (le comité scientifique pour la recherche en Antarctique), président du projet EPICA de 1993-1995. Il a été le président du comité français pour l’Année Polaire Internationale de 2007-2009. Il a reçu de nombreux prix prestigieux, entre autres le prix Balzan (2001) et la Médaille d’Or du CNRS en 2002. Il est auteur de plus de 100 publications scientifiques et de 3 livres. En 2015 le réalisateur Luc Jacquet lui dédie un film, La Glace et le Ciel, projeté pour la première fois au Festival de Cannes en 2015. En 2016 chez les éditions Arthaud il publie Mémoires sauvées des glaces. SITE DE CLAUDE LORIUS.

LUCIA SIMION: Comment est née votre passion pour l’Antarctique?

CLAUDE LORIUS. Au début il y a la découverte d’un message a l’université “on recherche jeunes chercheurs pour participer aux campagnes organisées pour l’Année Géophysique Internationale”. Je me suis dit “pourquoi-pas?” dans le sens du Commandant Charcot. Dans la vie il y a des opportunités et il faut savoir les accepter. C’était aussi l’envie de vivre une aventure. Ensuite, au fil des années c’est les différentes sortes d’expériences, les raids d’exploration avec les américains en 1959, l’hivernage à DDU en 1965, les campagnes de forage… petit à petit c’est les découvertes de la recherche qui ont pris le dessus, qui m’ont passionné.

LS. Quel est le souvenir le plus poignant de l’hivernage à la station Charcot?

CL. C’était notre premier voyage, donc la découverte des zones côtières, des manchots, des icebergs, de cet immense continent tout blanc a été marquante; puis les difficultés de rallier la station Charcot, qui se trouvait à 320 km de la côte: on a mis 3 semaines pour monter tout le matériel; ensuite – à cause d’une panne de notre éolienne- on n’avait plus d’énergie pendant un certain moment. Nous n’avions pas de possibilités de communiquer avec nos familles, ni avec la station côtière. Un des souvenirs qui est resté gravé dans ma mémoire, c’est qu’un jour en sortant de notre baraque enterrée sous la neige (il faisait -40 dès qu’on ouvrait la porte), j’ai vu un pétrel des neiges voler dans le ciel. C’était comme un symbole, car d’habitude les pétrels ne vont pas dans ces zones où ils ne trouvent rien pour se nourrir. La solitude aussi, et le sentiment d’immensité du continent laissent des traces. On revenait avec des yeux tous neufs. Ces épisodes sont restés pour moi comme des moments en dehors du temps.

LS. Quelle est la découverte la plus importante de votre carrière?

CL. C’est cette relation entre les gaz à effet de serre et le climat. Dans le passé on a montré que même si les variations étaient naturelles, les gaz à effet de serre jouaient un rôle et on a pu trouver des valeurs qui ne sont pas très différentes de celles que donnent les modèles actuellement. Ce qu’on a écrit il y a 20 ans dans Nature c’est ce qu’on dit aujourd’hui: que si on faisait bouger le CO2 on faisait bouger le climat. Nous avons aussi compris qu’avec les isotopes de l’hydrogène et de l’oxygène nous pouvions remonter à la température (il nous a fallu 10 ans pour y arriver). Une autre grande réussite scientifique -et un grand souvenir personnel- a été le forage de Vostok, en 1984, en pleine Guerre froide. La décision d’aller à Vostok a été prise entre 6 personnes autour d’une table: des Russes, des Français et des Américains, des gens qui se connaissaient et qui s’estimaient, sans impliquer les représentants des Etats. Pour moi c’est un très grand souvenir qu’on ai pu monter cette opération, car c’est emblematique des relations entre scientifiques. La coopération a été cruciale. La première année nous avons avons pu retracer l’histoire climatique de la planète sur 150.000 ans, ensuite sur 450.000 ans, en mettant en évidence des oscillations cycliques du climat, entre périodes glaciaire et interglaciaires.

LS. Antarctique: que représente-t-il pour vous?

CL. L’Antarctique c’est beau, sans doute, mais ce qui est évident c’est que petit à petit on a pris conscience que les régions polaires ne sont pas isolées. Elles l’étaient pour les explorateurs, mais elle ne le sont pas pour les scientifiques: la découverte du trou de l’ozone en est un exemple marquant. Nous avons une seule atmosphère, un seul océan. Nous trouvons des traces des explosions nucléaires dans les neiges du Pôle sud ou, à l’inverse, la diminuition du plomb dans la neige du Groenland après son élimination dans les carburants.

(c) Lucia Simion, Antarctique, Coeur Blanc de la Terre