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Je me souviens de Dôme C (testo in francese)

Je me souviens de Dôme C (testo in francese) Posted on 14 Luglio 2017

En 1970 l’écrivain américain Joe Brainard (1941-1994) publia «I remember» (Je me souviens), une autobiographie sous forme de souvenirs disparates personnels, qui reflètent également des aspects de la vie quotidienne aux Etats Unis dans les années 1950. Les souvenirs – fragments de texte très courts – commencent par I remember, leitmotiv qui inspirera la série des «Je me souviens» de Georges Perec (1936-1982), publiée en 1978 aux éditions Hachette. Pour rédiger ce recueil de souvenirs de Dôme C je me suis donc inspirée tout naturellement de Joe Brainard et de Georges Perec.

Je me souviens de Dôme C (photos de Lucia Simion)

C’était au début des années 2000. Le temps passe vite, mais heureusement les souvenirs demeurent et c’est justement de souvenirs dont je parlerai et de cette «impalpable petite nostalgie qu’ils suscitent», comme l’écrivait Georges Perec. J’ai eu la chance de partir plusieurs fois en Antarctique pour réaliser des reportages sur la construction de la station franco-italienne Concordia et le projet européen EPICA. Je suis Italienne, j’ai grandi en France: Concordia me tenait – et me tient toujours – spécialement à coeur.

A’ l’époque – c’était entre 2000 et 2003 – les journalistes qui rêvaient de partir au bout du monde étaient rares. La presse considérait Concordia «un tas de ferraille en Antarctique» et les programmes polaires français et italien avaient du mal à attirer des journalistes. Quant à moi j’avais compris que photographier ce «tas de ferraille» (Concordia) signifiait documenter la construction de la troisième station scientifique au coeur de l’Antarctique, Vostok et Amundsen-Scott étant les deux premières. Donc un sujet très intéressant, car au même temps il y avait le projet européen de forage glaciaire EPICA. La construction de Concordia et EPICA étaient des projets de longue durée: j’envisageais de publier un livre lors de l’Année Polaire Internationale 2007-2009.

(c) Mario Zucchelli Station

Je suis donc partie à Dumont d’Urville (à bord de l’Astro), de là à la base italienne Baia Terra Nova et puis à Dôme C en Twin Otter. Une fois sur place je me suis vite intégrée à la vie quotidienne des équipes de scientifiques et de techniciens: j’étais un membre de l’expédition à part entière. Ma formation de médecin m’a aidé. A’ chaque retour en métropole je publiais des reportages dans la presse et j’organisais des expos photos – en contribuant ainsi à faire connaître Concordia et le projet EPICA en France, en Italie et ailleurs.

Les photos et les vidéos que j’ai réalisé à Dôme C ont été exploitées par des programmes polaires ainsi que par les scientifiques lors de conférences internationales et nationales (COMNAP, UNESCO, CNRS, CEA, Sorbonne). J’aurais tellement aimé publier un livre sur Concordia et organiser une exposition photo sur la collaboration franco-italienne à Dôme C lors de l’Année polaire internationale de 2007-2009, mais des circonstances m’ont empêché de concrétiser ce rêve. Je n’étais pas présente à Dôme C en 2004 quand les foreurs du projet EPICA ont atteint le socle rocheux à 3.200 mètres de profondeur, ni en 2005 lors de l’inauguration de Concordia.

(c) Lucia S. Simion/ANDRILL SMS

Cependant, grâce au soutien du programme polaire italien (PNRA), je suis retournée à Concordia en novembre 2007, lorsque j’étais à McMurdo pour couvrir le projet international de paléoclimatologie ANDRILL-SMS (Antarctic Drilling Southern McMurdo Sound). J’ai ainsi eu l’opportunité de revoir la station dont j’avais suivi, photographié et filmé la construction quelques années auparavant. Les reportages photo-journalistiques et les vidéos sur la construction de Concordia, le projet EPICA, le travail des glaciologues, des foreurs, des ouvriers du bâtiment, la vie quotidienne à Dôme C est un travail documentaire précieux. En 2008 le projet EPICA a obtenu le Prix Descartes pour la recherche décerné par l’UE.

JE ME SOUVIENS DE DÔME C      75°06′ S – 123°23′ E

A’ l’approche de Dôme C et du chantier de Concordia, un des deux pilotes du Twin Otter de Kenn Borek Air m’avait cédé sa place dans le cockpit, à côté de son collègue Jim Haffey. Dès que je m’étais installée et que j’avais coiffé le casque Jim m’avait indiqué un minuscule point à la superficie du plateau polaire et m’avait demandé: «Can you see that tiny speck on the horizon?»  C’était Concordia et le camp de montage.

(c) Lucia Simion

Je me souviens aussi de la couleur du ciel au dessus du plateau polaire: un azur pâle, si délicat. Le contraste entre la fragilité de l’azur et l’immensité du plateau polaire était saisissant. L’ombre du Twin Otter défilait sur les sastrugi. Tout était plat jusqu’à l’horizon: pas de forets, ni de lacs ou de fleuves, pas de montagnes aucune ville ou village, aucune route. Rien que deux couleurs: blanc et azur. Une page vierge du monde.

Et puis, après un survol de la base, on atterrissait en quelque bonds. Je me souviens de la neige qui grinçait et crissait sous les Sorel.

Je me souviens des minuscules cristaux de neige qui tourbillonnaient et qui brillaient dans le ciel.

Le revers de la médaille: maux de tête, nausée et insomnie pendant 48 h. Je me souviens qu’en arrivant à Dôme C la concentration d’oxygène dans mon sang était de 82%, contre le 98% au niveau de la mer à BTN.

Je me souviens des cils gelés qui m’empêchaient d’ouvrir les paupières. Je me souviens que le bout de mon nez avait gelé deux fois. Je me souviens des doigts gercés, enveloppés de pansements.

Je me souviens de la lumière au réveil, lorsque je relevais le store de ma fenêtre: je regardais Concordia, où s’activaient déjà les monteurs. J’entendais le bip-bip-bip du Cat qui remplissait le fondoir de neige. Et je sentais le bon parfum de café, de pizza et de focaccia du petit déjeuner.

(c) Lucia Simion

Je me souviens du trajet en motoneige pour rallier le chantier de Concordia; je rentrais en traineau en compagnie des monteurs.

Je me souviens de la buée qui recouvrait mes appareils photo et les objectifs si je les ramenait dans la station sans attendre; il fallait les laisser dehors.

Je me souviens de Jean-Louis – chef cuisinier historique de Dôme C: il appelait son restaurant «la guinguette».

Je me souviens des escargots au beurre d’ail. Je me souviens des filets de kangourou en croûte. Je me souviens des soirées pizza. Je me souviens que Jean-Louis préparait des plats spéciaux pour les végétariens et pour Karim Agabi. 

Je me souviens des cafetières napolitaines extra-large et du bon parfum de café qui se répandait dans notre petite station. Je me souviens des desserts préparés par Michel Dumerchat; Michel avait accompagné Claude Lorius lors d’une campagne à Dôme C dans les années 1970.

Je me souviens du Bailey.

Je me souviens qu’il n’y avait jamais assez de Berlucchi. Et qu’il fallait «passer commande» à BTN, nôtre «cave» située à 1200 kilomètres de distance.

Je me souviens de la Chartreuse que nous buvions au workshop, le soir, après dîner. Je me souviens de la lumière douce qui éclairait le workshop. Je me souviens d’avoir photographié le camp d’été de Dôme C depuis une nacelle élévatrice. Le soleil de minuit brillait sur le petit hameau.

(c) Lucia Simion

Je me souviens des minuscules bulles d’air dans les carottes de glace EPICA: quand nous mettions un fragment de cette glace dans le whisky les bulles éclataient: Claude Lorius a raconté ce phénomène dans un de ses ouvrages. Nous avons fait le test au workshop.

Le raid à l’approche de Dôme C (c) Lucia Simion

Je me souviens de l’arrivée du raid à Dôme C et de la dameuse qui ouvrait la voie. Je me souviens d’avoir parlé par radio avec Patrice Godon qui était à bord de son  Cat.

Je me souviens que Karim n’avait pas pu faire le Ramadan parce que le soleil à Dôme C ne se couche pas lors du Ramadan.

Je me souviens de Adele dans la radio-room de Dôme C. Je me souviens de ma roommate Jaqueline Flückiger.

Je me souviens des apéritifs organisés dans le Rebusco. Sur une paroi était affichée la double page d’ouverture d’un reportage que j’avais publié dans le National Geographic France: «Fusion franco-italienne à -80°C».

Je me souviens des réveillons du 31 décembre. A’ minuit, le soleil brillait comme en plein jour. Je me souviens de la discothèque dans la tente-loisirs et des lumières multicolores projetées sur un écran. Je me souviens aussi du rayon de soleil qui s’invitait dans la tente dès qu’on ouvrait la porte.

Je me souviens des charentaises.

Je me souviens de l’adresse email@domec.pnra.it.

(c) Lucia Simion

Je me souviens du baby-foot et de nos équipes sans-frontières (français, italiens, norvégiens, anglais, suisses, russes, allemands, suédois, coréens, américains…). Je me souviens des matchs de volley-ball (à -40°C)

(c) Lucia Simion

Je me souviens qu’en observant la charpente métallique de Concordia, quelqu’un avait dit: «C’est dingue cette tour Eiffel en Antarctique!»

Je me souviens que pour monter dans la charpente de Concordia je devais être harnachée et porter un casque de chantier. Le plancher était très glissant.

Je me souviens le jour où j’ai photographié trois ouvriers sur le toit de la charpente métallique: on m’avait hissée au dessus du toit dans le «panier» de la grue. La photo avait été publiée à la Une de l’Antarctic Sun, l’hebdo du US Antarctic Program (pour réaliser la même photo aujourd’hui il suffirait d’avoir un drone…).

(c) Lucia Simion

Je me souviens de la pose du premier panneau de Concordia: c’était le 9 janvier 2002. Je photographiais l’évènement depuis la tour d’en face.

Je me souviens des monteurs qui marchaient sur les poutres comme des acrobates.

Je me souviens des cales en bois recouvertes de mousse posées entre deux panneaux (un travail de fou).

Je me souviens de Jean-Paul Fave dit “Pollo” et de son fils Jérôme. Leur portrait avait été publié dans  l’Antarctic Sun.

(c) Lucia Simion

Je me souviens que Grégory s’était improvisé coiffeur et avait coupé les cheveux d’Alain Manouvrier.

Je me souviens du panache de fumée qui s’échappait du générateur: il montait au dessus de la centrale, puis se courbait à 90° et partait à l’horizontale, comme la fumée d’une vieille locomotive à vapeur. Avec la lumière rasante des heures nocturnes, la fumée créait d’étranges guirlandes sur la neige.

(c) Lucia Simion

Je me souviens d’avoir photographié la pose des panneaux du toit de Concordia.

Je me souviens que Sacha Krassiliev nous avait montré un film sur Vostok: nous étions très impressionnés par les énormes engins du raid, ces Karkovchanka amochés et imposants. Je me souviens aussi des verres de vodka que les équipes avalaient cul sec. Ca faisait très «Antarctique années Soixante»….

Je me souviens de la flamme du petit poêle de la tente Weatherheaven dédiée au temps libre. Il était entouré d’une grille métallique avec écrit «Dôme C».

Je me souviens de l’incinolet.

Je me souviens des machines à laver qui n’étaient jamais vides quand on arrivait les bras chargés de linge sale……

Jacques Burdin dans le puits de sismologie à Dôme C. (c) Lucia Simion

 

Je me souviens de la station sismologique de Dôme C et du puits de 12 mètres de profondeur où étaient entreposés les sismomètres. C’était le lieu de travail de Jacques Burdin. Pour y accéder il fallait d’abord parcourir une tranchée creusée dans la neige, puis emprunter un escalier vertical jusqu’au fond du puits – un espace d’environ 2 m x 2 m. Nous allumions une torche. Il faisait -50°C. L’air sec me chatouillait la gorge et je toussais. Je me souviens le bonheur de retrouver le soleil à l’extérieur.

Je me souviens des lâcher de ballons-sonde et du refrain monotone (ti-tip-ti-tip-ti-tip-ti-tip) qui accompagnait le tracé du ballon grimpant au ciel, lorsqu’on observait son parcours sur l’écran de l’ordinateur. 

Je me souviens du Twin Otter: il s’approchait lentement, presque sans bruit, puis une fois atterri il freinait et avançait jusqu’au camp en vrombissant. Plusieurs fois je l’ai observé atterrir depuis le toit de la station.

Je me souviens qu’une fois – à la descente du Twin – Jean-Louis Duraffourg m’avait accueillie avec un bouquet de fleurs ….en plastique!

Laurent Augustin dans la tente de forage EPICA à Dôme C (c) Lucia Simion

Je me souviens de l’odeur du liquide de forage lorsqu’on s’approchait de la cathédrale.

Je me souviens qu’Eric passait les «copeaux» de neige dans une centrifugeuse, pour récupérer le liquide de forage.

Je me souviens des délicats cristaux de glace qui recouvraient le plafond de la buffer-room, la pièce où étaient entreposées les carottes avant que les glaciologues ne viennent les chercher pour les analyser et les découper. Posées sur des étagères métalliques, les carottes avaient des reflets de couleur bleu.

Je me souviens des glacios – les glaciologues – qui nettoyaient la carotte coupée en deux avec un gros pinceau, avant de la passer dans la ECM, l’instrument qui mesurait la conductivité électrique. Je me souviens du cliquetis de l’ECM. Ca ressemblait au bruit d’une machine à tisser…..

A’ l’aide d’un microscope Sepp Kipfsthul de l’AWI observe les bulles d’air dans de fines coupes de glace EPICA (c) Lucia Simion

 

Je me souviens de Eric Wolff, de Valter Maggi, de Bernhard Stauffer. Et de Sepp Kipfsthul qui observait et photographiait les minuscules bulles d’air contenues dans la glace.

Je me souviens du jour où le Dream Team avait atteint les 3.000 mètres de profondeur. Alain Manouvrier avait dessiné une pancarte avec deux manchots empereur indiquant: «3000 mètres».

Je me souviens des spaghetti aglio olio e peperoncino que nous préparions à deux heures du matin, lors de la relève des foreurs. Nous étions une dizaine de convives. Dehors, le soleil continuait sa course au dessus de notre minuscule hameau de Dôme C.

Je me souviens de la bombonne d’eau potable que nous avions sorti de la cambuse pour aller chercher une bouteille de pinard: hélas l’eau avait été oubliée dehors, à -40°C. Le matin suivant c’était un bloc de glace.

(c) Lucia Simion

Je me souviens de Rita décorant le sapin de Noël. Je me souviens du Vosgien et de son épinette et de Michelangelo en train de faire des soudures dans le garage de Dôme C.

Amaëlle Landais (c) Lucia Simion

 

Je me souviens de la manip’ d’Amaëlle: elle partait en motoneige à quelque kilomètres du camp pour collecter des échantillons de neige. Je l’accompagnais parfois.

Je me souviens du «Dream Team», la formidable équipe de foreurs du projet EPICA.

Je me souviens de l’inquiétude des foreurs: ils craignaient pardessus tout que le carottier puisse rester coincé au fond du puits de forage….(c’était arrivé en 1997).

(c) Lucia Simion

Je me souviens des glaciologues italiens qui prélevaient des échantillons de neige dans un puits à 3 kilomètres du camp. Ils avaient les coordonnées GPS, mais pour s’orienter visuellement ils avaient construit des «totems» de blocs de neige. Une sculpture au coeur de l’Antarctique. Je me souviens de la neige qui crissait comme du polystyrène quand on découpait des blocs avec les scies.

Je me souviens de l’igloo de Dôme C: Paolo Calisse y avait passé une nuit en bravant des températures de -40°C. Ils nous avait raconté qu’il avait bien dormi.

Je me souviens que le documentaire que j’avais tourné – «Dôme C, un village au coeur de l’Antarctique» – avait été présenté au COMNAP en 2002 et en 2003, contribuant ainsi a faire connaître Concordia dans le milieu scientifique international. Lors de la publication de l’article de Nature «Eight glacial cycles from an Antarctic ice core» (Nature 429, 623-628 – 2004) des séquences du film étaient passées aux journaux télévisés en Grande Bretagne et en Australie. 

Je me souviens d’avoir organisé une expo photo sur Concordia: «Le mécano de l’Antarctique», présentée à Océanopolis (Brest), à Terres d’Images (Biarritz), au Centre Culturel Italien à Paris. Une expo sur Dôme C et EPICA avait été présentée au siège du CNRS à Paris et au CEA à Saclay et une de mes photos de Concordia décorait l’estrade du Grand Amphitéâtre de la Sorbonne lors de la remise des médailles d’Or du CNRS à Claude Lorius et Jean Jouzel en 2002. Mes reportages et les expositions ont contribué à faire connaître à un large public la collaboration franco-italienne à Concordia, les recherches scientifiques et la vie quotidienne en milieu polaire extrême.

(c) Lucia Simion

Je me souviens de tous ceux que j’ai rencontré à Dôme C (certains sont dans la photo en haut): Rita Bartolomei, Adele Irianni, Barbara Delmonte, Angela, Amaëlle Landais, Jacqueline Flückiger, Karen, Claire Le Calvez, Jean-Paul Fave «Pollo», Jérôme, Patrice Godon, le Professeur Bernhard Stauffer (médaille Hans Oescher en 2006); Eric Wolff, Valter Maggi, François Garde (Préfet des Taaf de 2000 à 2004), Sandro Torcini, Alain Manouvrier, Fabrizio Frascati, Saverio, Maurizio, Philippe Possenti, Eric Lefebvre, Olivier Alemany, Sergio Gamberini dit «Gambero», Laurent Augustin, Grégory Teste, Piers, Matthias, Paolo Calisse (Simons Observatory, U. of California San Diego), Paolo Gabrielli (chercheur au Byrd Polar Center-Ohio State U.), Karim Agabi, Eric Aristidi, Serge Drapeau, Jean-Louis Duraffourg, Le Vosgien, Poupou, Michel Dumerchat, Alberto Quintavalla, Emiliano, Alessio, Severino, Matteo, Bruno, Luca, Francescopiero, Augusto, Luciano, Michelangelo, Sandro Salladini, Dr. Sergio, Dr. Carlo, Filippo, Marc, Jean Duprat, Cécile Engrand, Alexandre, Matts dit «Martino», Niels, Alberto, Lucio, Gerhard Krinner, Fabrice, Carlo Malagoli, Mirko, Ivan, Thierry, Hubert et Jean-Luc Sinardet, Jim Haffey, John Thorsteinsson, Mark, Roberto, Marco Maggiore, Bruno, Giampiero, Bill qui venait de Madison. Je me souviens de Sacha Krassiliev, Mario Zucchelli et Luigi De Andreis (Gigi) qui ne sont plus avec nous. J’espère n’avoir oublié personne.

Je me souviens de mon rêve d’hiverner à Concordia.

Textes et photos: Lucia S. Simion, Journaliste scientifique et auteur

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«Des petits morceaux de quotidien, des choses que, telle ou telle année, tous les gens d’un même âge ont vues, ont vécues, ont partagées, et qui ensuite ont disparu, ont été oubliées; elles ne valaient pas la peine de faire partie de l’Histoire, ni de figurer dans les Mémoires des hommes d’État, des alpinistes et des monstres sacrés. Il arrive cependant qu’elles reviennent, quelques années plus tard, intactes et minuscules, par hasard ou parce qu’on les a cherchées, un soir, entre amis; c’était une chose qu’on avait apprise à l’école, un champion, un chanteur ou une starlette qui perçait, un air qui était sur toutes les lèvres, un hold-up ou une catastrophe qui faisait la une des quotidiens, un best-seller, un scandale, un slogan, une habitude, une expression, un vêtement ou une manière de la porter, un geste, ou quelque chose d’encore plus mince, d’inessentiel, de tout à fait banal, miraculeusement arraché à son insignifiance, retrouvé pour un instant, suscitant pendant quelques secondes une impalpable petite nostalgie»

Georges Perec